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27/08/19 — Linkedin

G7 : quand la France prend le leadership d’une diplomatie économique nouvelle génération

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G7 : quand la France prend le leadership d’une diplomatie économique nouvelle génération

Le sommet du G7 qui s’est ouvert ce samedi à Biarritz ne saurait être une énième édition de Bretton Woods. Sur fond d’accroissement des inégalités, de tensions économiques mondiale, de menace de « HardBrexit », de crise politique italienne, de décélération allemande, de pré-campagne électorale américaine ou de contestation du libre-échange au Canada, cette 45ème session se déroule dans un contexte historique.

L’ordre international est en puissante recomposition

L’ordre international est en puissante recomposition. Pour qu’il ne vire pas au chaos, et pour transformer les crises en opportunité, la responsabilité de nos gouvernants est plus que jamais engagée : il leur revient d’opérer un tournant de méthode décisif pour rénover la gouvernance mondiale, à travers une approche collective et positive.

Certaines ONG reprochent au G7 de se tenir en comité trop restreint – attestant, en creux, des attentes croissantes des citoyens sur ces sujets critiques. Pourtant, jamais une telle place n’a été accordée à la société civile et au secteur privé : en témoignent les initiatives lancées par l’Exécutif français pour créer des coalitions alternatives agiles, comme le OnePlanetLab, l’Initiative pour la Croissance Inclusive, l’engagement du secteur de la mode en faveur de l’environnement ou encore le comité consultatif sur l’égalité femmes-hommes.

La transformation du monde ne repose plus exclusivement sur les épaules des Chefs d’États et de gouvernement. Elle dépend de leur capacité à impulser un nouveau multilatéralisme public-privé, alignant les intérêts et l’action de toutes les parties prenantes – pouvoirs publics, secteur privé, citoyens. L’enjeu de ce week-end crucial n’est pas d’accoucher, par de savants jeux d’écriture diplomatique, d’un communiqué final conjoint ou d’engagements de papier. Mais bien de faire des propositions concrètes et de coordonner toutes les volontés pour avoir un impact réel et durable.

Cette diplomatie du pragmatisme est vitale. A l’heure où le repli sur soi et le scepticisme multilatéral gagnent partout du terrain, il y a urgence à proposer un modèle alternatif de gouvernance mondiale. Urgence à fédérer les forces, à rapprocher les univers public et privé au bénéfice de notre avenir commun. Urgence à sortir de décisions publiques hors sol, autant que d’un capitalisme centré sur la seule performance financière sans souci d’impact sociétal global. Urgence à penser et agir ensemble, de façon concertée, collaborative et agile, vers des perspectives durables pour l’humanité et la planète.

Soyons clairs : aucun des objectifs de l’agenda 2030 des Nations Unies ne sera atteint sans coalitions public-privé. Dans cette nouvelle équation, la France a un rôle déterminant à jouer.

Son poids sur l’échiquier européen et international, son leadership multilatéral historique et la détermination pionnière de certains de ses capitaines d’entreprises lui confèrent une légitimité unique, qui l’oblige.

Des dirigeants lucides et engagés - comme ceux qui précisément ont signé l’Initiative pour la croissance Inclusive, se montrent déjà prêts à répondre à l’urgence. Cette semaine, pour la première fois dans l’histoire, 200 CEO américains ont signé un manifeste sur la contribution de leur organisation à la société. D’aucuns crient à l’effet d’annonce ; nous préférons saluer le courage de l’action et la vertu de l’alignement : chacun de ces dirigeants sait que sans sincérité, sans souci réel d’impact au cœur de sa stratégie, la démarche sera contreproductive. Aujourd’hui, le pire ennemi d’une performance durable est l’opportunisme : les nouvelles générations, yeux grands ouverts sur l’avenir, assoiffées de sens, ne sont plus dupes.

Le temps nous est compté. L’ordre international que nous avons connu ces dernières décennies craque sur tous les fronts. Le moment est venu de réinventer la gouvernance mondiale et les règles du jeu du marché. De substituer au « mark to market » un « mark to planet and to humanity».

Nous n’y parviendrons qu’armés d’humilité, de créativité, de temps long, de pragmatisme.

La gouvernance mondiale 4.0 sera hybride, fondée sur un multilatéralisme public-privé et dans une logique d’open innovation. L’entreprise sera engagée ou ne sera plus. La diplomatie sera collaborative ou ne sera plus. L’avenir sera sincère, ou ne sera pas.